L'homme inconnu (2021) : Ce court-métrage belge qui méritait mieux

L'homme inconnu

Le cinéma belge francophone traverse une période étrange depuis quelques années. Entre les succès d'estime qui restent confidentiels et les productions qui tentent désespérément de plaire au public français, on cherche encore la voie du milieu. C'est dans ce contexte que sort L'homme inconnu en 2021. Un court-métrage de 23 minutes signé Anthony Schatteman. Personne n'en a parlé. Ou presque. Et pourtant, ce film porte en lui quelque chose d'intéressant. Quelque chose qui mérite qu'on s'y attarde. L'ambition est clairement supérieure au résultat final, c'est vrai. Mais il y a là une sincérité, une volonté de raconter des histoires humaines sans artifice, qui force le respect. Un film sous-estimé ? Probablement. À (re)découvrir ? Certainement.

Ce court-métrage vise plus haut que ses moyens ne le permettent

On sent immédiatement que Schatteman a de grandes idées. Trop grandes peut-être pour un format de 23 minutes. Le réalisateur belge tente de condenser une réflexion profonde sur l'identité, la rencontre, l'altérité. C'est ambitieux. Peut-être trop.

Le film suit Geert Van Rampelberg dans le rôle de cet homme inconnu du titre. Un type ordinaire qui croise le chemin d'inconnus. Rien de révolutionnaire dans le pitch. Mais l'exécution trahit une volonté de faire du cinéma d'auteur, du vrai. Celui qui prend son temps. Celui qui observe. Celui qui ne mâche pas le travail au spectateur.

J'ai trouvé que le film souffre de cette tension permanente entre ce qu'il voudrait être et ce qu'il peut réellement offrir. On devine les intentions. On perçoit les thématiques. Mais tout reste en surface. Comme si Schatteman avait manqué de temps ou de budget pour pousser plus loin son exploration.

La scène de la rencontre fortuite dit tout du projet

Il y a ce moment précis, vers le milieu du film, où tout se joue. Geert Van Rampelberg est assis dans un café. Un plan fixe. La caméra ne bouge pas. Il regarde par la fenêtre. Dehors, la vie continue. Des gens passent. Il ne se passe rien. Ou plutôt, il se passe exactement ce que le film essaie de dire depuis le début : nous sommes tous des inconnus les uns pour les autres.

Le plan dure peut-être trente secondes. Trente secondes où rien n'arrive. Et pourtant, c'est là que le film trouve sa raison d'être. Dans cette contemplation silencieuse. Dans cette attente. Van Rampelberg ne joue pas vraiment. Il est juste là. Présent. Et cette présence suffit à créer quelque chose d'émouvant.

Bon, faut bien avouer que la scène aurait pu être coupée. Elle n'apporte rien à l'intrigue, si tant est qu'il y ait une intrigue. Mais elle dit tout de l'approche de Schatteman. Il privilégie l'atmosphère au récit. L'émotion à l'action. C'est un choix. Discutable, mais assumé.

Geert Van Rampelberg sauve ce qui peut l'être

La performance de Geert Van Rampelberg est sans doute ce que le film a de meilleur. L'acteur belge compose un personnage énigmatique sans jamais tomber dans la facilité. Pas de grands discours. Pas d'explications. Juste un regard. Une posture. Une façon de se tenir dans l'espace.

Il y a quelque chose de très physique dans son jeu. Une manière d'occuper l'écran qui rappelle certains acteurs du cinéma muet. Il communique par le corps. Par des gestes simples. Un verre qu'il porte à ses lèvres. Une cigarette qu'il allume. Des détails qui semblent anodins mais qui construisent peu à peu un personnage complexe.

Samuel Suchod, Anna Sacuto et Cathy Ruiz apportent aussi leur pierre à l'édifice. Leurs rôles sont plus courts, plus effacés. Mais chacun apporte une nuance, une couleur différente à cette galerie de portraits croisés.

Vingt-trois minutes, c'est trop court et trop long à la fois

Le problème principal de L'homme inconnu, c'est son format. Vingt-trois minutes, c'est trop court pour développer vraiment les personnages. Pour creuser les thématiques. Pour donner de la profondeur à ce qui reste en surface. Mais c'est aussi trop long pour un film qui ne raconte pas grand-chose.

J'ai senti cette frustration grandir au fur et à mesure du visionnage. L'envie d'en voir plus. L'envie que le film aille plus loin. Qu'il prenne des risques. Qu'il explore vraiment les pistes qu'il effleure. Mais non. Il reste sage. Prudent. Trop prudent peut-être.

Et puis il y a la réalisation. Elle est correcte. Techniquement, il n'y a pas grand-chose à redire. Mais elle manque de personnalité. De signature. On ne sent pas la patte d'un cinéaste qui impose sa vision. Juste quelqu'un qui filme correctement ce qui se passe devant lui.

Le cinéma belge contemporain cherche encore sa voie

Pour comprendre L'homme inconnu, il faut le replacer dans son contexte. Le cinéma belge francophone traverse une période de mutation. Les frères Dardenne ont montré la voie du cinéma social réaliste. Mais toute une génération de cinéastes cherche maintenant autre chose. Quelque chose qui leur serait propre.

Schatteman s'inscrit dans cette mouvance. Il tente de faire du cinéma d'auteur. Du cinéma qui réfléchit. Qui questionne. Mais sans les moyens des grands noms. Sans la notoriété. Sans le réseau de distribution qui permet d'atteindre un large public.

Le film a été coproduit par la France et la Belgique. Un signe des temps. Les coproductions se multiplient pour permettre à des projets ambitieux de voir le jour. Mais elles apportent aussi leurs contraintes. Le besoin de plaire à plusieurs marchés. De trouver un équilibre entre différentes attentes.

Ce film rappelle certains courts-métrages des frères Dardenne

En regardant L'homme inconnu, je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux premiers courts-métrages des frères Dardenne. Cette même volonté de filmer le réel. De capturer des instants de vie ordinaires. De donner de la dignité à des personnages anonymes.

Mais là où les Dardenne ont poussé leur exploration jusqu'à créer un langage cinématographique unique, Schatteman reste à la surface. Il effleure les thématiques sans vraiment les creuser. Il montre sans vraiment révéler.

Je pense aussi à Tous les soleils de Philippe Claudel, ce film qui explorait lui aussi la rencontre avec l'autre, l'étrangeté du quotidien. Mais avec beaucoup plus de légèreté et d'humour. L'homme inconnu prend tout très au sérieux. Peut-être trop.

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Franchement, ça vaut le coup de perdre 23 minutes dessus ?

La réponse honnête, c'est : ça dépend de ce que vous cherchez. Si vous voulez un film qui vous divertit, qui vous raconte une histoire avec un début, un milieu et une fin, passez votre chemin. Vous allez vous ennuyer. Mais si vous êtes curieux de découvrir ce que tente le cinéma belge contemporain, si vous aimez les films qui prennent leur temps, qui observent plus qu'ils ne racontent, alors oui, ça vaut le détour. Geert Van Rampelberg mérite à lui seul qu'on regarde le film. Sa présence à l'écran est hypnotique. Et puis, c'est court. Vingt-trois minutes, c'est rien. Le temps d'un épisode de série. Autant tenter l'expérience.

Honnêtement, le réalisateur avait-il les moyens de ses ambitions ?

C'est toute la question. À mon avis, non. Schatteman avait clairement des idées intéressantes. Une vision. Une envie de faire du cinéma d'auteur. Mais les moyens, qu'ils soient financiers ou techniques, ne semblent pas avoir suivi. Le film manque de souffle. De profondeur. Comme si le réalisateur avait dû faire des compromis à chaque étape. On sent les contraintes de production. Les limites du budget. Et ça se voit à l'écran. Dommage, car l'intention était belle. Mais l'exécution reste en deçà. C'est frustrant. Vraiment frustrant.

Le vrai problème, c'est que ce film s'adresse à qui exactement ?

C'est là que ça se complique. Le film est trop lent pour le grand public. Trop conventionnel pour les cinéphiles exigeants. Il se trouve dans un entre-deux inconfortable. Les amateurs de cinéma social belge pourraient être intéressés, mais ils auront probablement déjà vu mieux ailleurs. Les curieux du court-métrage francophone trouveront peut-être leur compte, mais sans plus. En vrai, je ne sais pas à qui Schatteman pensait en faisant ce film. Peut-être à lui-même. Peut-être juste à l'envie de faire du cinéma, peu importe le public. C'est respectable. Mais ça ne fait pas un film réussi.

Si j'ai aimé, vers quoi me tourner ensuite ?

Si L'homme inconnu vous a plu malgré ses limites, je vous conseille de creuser du côté des frères Dardenne, évidemment. Commencez par La Promesse ou Rosetta. Vous verrez ce que donne ce type de cinéma quand il est poussé à l'excellence. Sinon, regardez du côté de Jean-Pierre et Luc Dardenne, mais aussi de Bouli Lanners, un autre cinéaste belge qui explore les mêmes territoires avec beaucoup plus de réussite. Les Géants ou Les Premiers, les Derniers sont des films qui ont cette même attention au réel, mais avec une vraie personnalité cinématographique. Vous ne serez pas déçus.

L'homme inconnu reste un film intéressant par ce qu'il révèle des ambitions et des limites du cinéma belge contemporain. Anthony Schatteman montre qu'il a des choses à dire, mais qu'il doit encore trouver la forme adéquate pour les exprimer pleinement. Geert Van Rampelberg, lui, confirme son talent d'acteur discret mais puissant. Un film à voir pour les curieux, à oublier pour les autres.

Ma note : 6/10. Pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il aurait pu être. L'ambition mérite le respect, même quand le résultat reste en deçà. Et puis, dans le paysage du court-métrage francophone, chaque tentative sincère mérite qu'on s'y attarde. Ne serait-ce que pour encourager les cinéastes à persévérer. À chercher. À trouver leur voix.

Parfois, il faut savoir accepter les échecs prometteurs. Ceux qui ouvrent des portes. Ceux qui préparent l'avenir. L'homme inconnu est de ceux-là.

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